Parcs et jardins

Les dernières escarmouches

  • Dans l'histoire du jardin si riche en rebondissements, ce titre pourrait sembler excessif ; l'agressivité des propos échangés entre les protagonistes le justifie amplement.
  • En 1856, le Conseil Municipal décide le lancement d'un emprunt couvrant à la fois les travaux du Jardin des Plantes et des rues nouvelles autour de celui-ci. La part réservée au Jardin est importante puisqu'elle comprend à la fois les clôtures, les cascades, la réalisation du lac, la construction de deux porteries et les plantations.
  • C'est le 17 Juillet 1858 que Driollet présente au maire le plan de la nouvelle partie ; il l'affirme conforme aux souhaits de la commission, mais ajoute sans illusion qu'il ne conviendra sans doute pas aux intentions du Directeur.
    Ferdinand Favre transmet le projet pour avis à Ecorchard. La réaction ne se fait pas attendre et dès le 24 Août celui-ci en fait sans ménagement la critique en 5 feuillets écrits recto-verso.
  • "Le plan présenté par M. l'Architecte nous semble entaché d'erreurs graves et de vices radicaux, le monticule lui-même malgré ses larges assises n'a pu résister à la hardiesse du pinceau de M. l'Architecte qui d'un seul trait le déplace de plusieurs mètres de sa position réelle, nous espérons que l'administration après avoir apprécié ces projets malheureux invitera M. l'Architecte à respecter ce que le public a sanctionné et le fera renoncer à ses avenues impossibles, à ses grenouillères, bouges hémicycloïdiques (bassin avec des gradins en demi-cercle) qu'il projette en contrebas de l'avenue de Flore. Ces contrebas humides faciliteraient les rencontres équivoques, il est inconcevable qu'on nous propose à Nantes ce que partout ailleurs on évite avec tant de soin".
  • Ecorchard s'en prend ensuite à la nouvelle rue figurant au projet. Il termine par une ironique critique sur les serres "Ajoutons avec tout le respect dû à un talent aussi éprouvé que depuis ce monument nécrologique élevé en 1844 (il s'agit de la 1ère serre), l'industrie des serres a fait de nouveaux progrès". Il termine en faisant des contre-propositions et ajoute sans complexe "j'ose dire que notre projet et le devis que je vous envoie satisferont à tout"
  • Le 4 Octobre, c'est au tour de Driollet de réagir. Il reproche au maire d'avoir transmis son projet à Ecorchard et estime que sous les dehors "d'un langage fleuri et figuré M.le Directeur s'est livré à une diatribe inconvenante à mon adresse ; M. le Directeur bien que s'érigeant en Perrault moderne est loin d'être pour moi une autorité en matière d'architecture". Rappelant ses études et sa carrière, Driollet critique le style des jardins anglais, en appelle à Lenôtre et aux jardins classiques : Les Tuileries, Le Luxembourg, Versailles. "Si la ville avait voulu un jardin paysagiste, il eut été plus économique de l'établir sur les côteaux de la Chézine. Je regarde la destruction faite par lui (Ecorchard) des carrés botaniques de la 1ère partie comme un acte de quasi-vandalisme blâmable en tous points".
  • A cette époque, on a la plume facile. Le rapport ne fait pas moins de 9 feuillets recto-verso. Mais le temps passe et Ecorchard désespère de pouvoir engager les travaux ; dans une nouvelle note il se veut conciliant.
  • "Examinons donc seulement sans rigueur la discussion de M.l'Architecte et tâchons d'être courts. La saison s'avance ; quel beau temps grand dieu nous avons perdu pour nos plantations". Mais la modération n'est pas la qualité première d'Ecorchard et commentant le rapport de Driollet, il ne peut s'empêcher de l'exécuter d'une dernière pique. "Monsieur l'Architecte a la modestie de dire qu'il est un horticulteur indigne, ce n'était pas la peine, le rapport tout entier le dit assez".
  • La situation est délicate pour Ferdinand Favre qui, pour régler le problème, soumet les deux projets à des personnalités impartiales notamment M. Pépin, jardinier-chef du Museum de Paris et Barillet Deschamps, architecte-paysagiste, jardinier-chef du Bois de Boulogne. Après une étude approfondie des deux plans et des devis correspondants, tous trois rendent leur verdict en faveur d'Ecorchard.
  • Il faut attendre Novembre pour que la commission entérine la décision des experts. L'adoption définitive a lieu en Conseil Municipal le 12 du même mois.
  • Les détracteurs d'Ecorchard essaieront encore de mettre en cause la gestion de la pépinière prétendant que les finances publiques sont dépensées inutilement à produire des végétaux sans valeur. Intraitable, Ecorchard demandera au maire qu'une expertise soit faite par les pépiniéristes angevins dont André Leroy. A ce niveau aussi justice sera rendue à Ecorchard et le maire, tout en demandant à celui-ci d'être moins susceptible, le rassurera sur la confiance que lui accorde l'administration.