Parcs et jardins

Agrandissement du jardin

Affiche acquisition de terrains pour l'agrandissement du Jardin des plantes
© Seve - Affiche acquisition de terrains pour l'agrandissement du Jardin des plantes
  • A partir de 1852, avec le retour de Ferdinand Favre à la Mairie, va être envisagée la phase d'aménagement du jardin depuis la Rue de Richebourg jusqu'à la gare, c'est-à-dire la troisième et dernière partie, soit près de 16.000 m2. L'arrêté préfectoral pour l'ouverture de l'enquête d'utilité publique est pris le 25 Février 1852. Il sera confirmé par un décret impérial le 31 Janvier 1854 ; le style des formules administratives traduit l'évolution de l'histoire "Napoléon par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français. A tous présents et à venir Salut !" Le parcellaire de cette troisième partie du jardin est très complexe puisqu'il faut acheter les propriétés des deux côtés de la Rue de Richebourg. Certaines acquisitions se font à l'amiable, pour d'autres les discussions sont plus ardues ; elles demandent plusieurs années et ne se terminent qu'en 1858 par une procédure d'expropriation.
  • Pendant toute cette période, les protestations à l'encontre du nouveau projet sont nombreuses dans le quartier. A défaut du maintien de la Rue de Richebourg, les pétitionnaires demandent que deux entrées reliées par une allée directe à l'intérieur du jardin maintiennent la liaison entre les deux tronçons de la rue. Mais Ecorchard reste vigilant et proteste surtout contre la création des voies nouvelles autour du jardin, notamment la Rue d'Orléans (future Rue Frédéric Caillaud) qui doit remplacer la ruelle des 3 Pendus en empiétant sur les parties aménagées. Il exhorte le maire à accélérer les acquisitions et à augmenter les dotations budgétaires. Rappelant les qualités de son jardin où la foule se presse, Ecorchard souligne l'agrément que procure au promeneur "la montagne artificielle". De là, il peut découvrir la Loire avec sa navigation et ses Iles verdoyantes. Par temps clair, le panorama s'étend du clocher du Loroux à celui de Saint-Sébastien et même de Rezé. Une telle affirmation peut surprendre aujourd'hui, mais il faut penser qu'à cette époque le jardin s'organisait selon une perspective ouverte à l'anglaise sur le panorama de la Prairie de Mauves. Cette perspective fut fermée par la construction de la voie ferrée et de la gare. Il ne restait d'autre ressource que de refermer la composition par la plantation périphérique de magnolias dont l'écrin de verdure isole maintenant le jardin de l'urbanisme environnant.
  • Médecin de formation, Ecorchard n'oublie pas dans ses arguments de souligner à de nombreuses reprises le rôle sanitaire et social du jardin "les arbres augmentent la circulation de l'air, la diffusion de la lumière et surtout absorbent les miasmes qui s'échappent des entrailles de l'homme ou de ses usines pour les transformer en oxygène embaumant, véritable régénérateur de la santé et de la vie" ; "le public n'a plus comme autrefois pour se promener les bois de Launay, la Marronnière, les côteaux du Cens et de la Jonelière" ; "sans les jardins publics, l'artisan et le prolétaire n'auront plus pour se recréer et prendre l'air que les grandes routes et les cabarets" ; "il faut agrandir le jardin pour toutes les classes de la société et pour les générations futures".
Plan agrandissement depuis la rue de Richebourg jusqu'à la gare
© Seve - Plan agrandissement depuis la rue de Richebourg jusqu'à la gare
  • La commission municipale est moins enthousiaste craignant l'abattage de l'allée de tilleuls, elle critique à la fois sur le fond et sur la forme les méthodes et les projets d'extension du bouillant docteur. "il faut cultiver un peu moins d'herbe et s'occuper un peu plus d'arboriculture".
  • "Les attaques sont plus remarquables par leur véhémence que par leur solidité", réplique Ecorchard qui se plaint de voir la commission inspecter le jardin en évitant de le rencontrer. Heureusement pour lui, le soutien du maire lui reste acquis. Ferdinand Favre essaie de concilier les deux parties ; il maintient les prérogatives de la commission et refuse la démission de son président. Tout en donnant raison à Ecorchard, il lui demande plus de souplesse. Peine perdue. Celui-ci ne veut pas en démordre "s'il y a mésintelligence, c'est la faute de la commission" ; fort de ce jugement péremptoire et de la justesse de ses vues, il poursuit imperturbable la réalisation de son projet.